La situation est très préoccupante : destruction des terres agricoles remplacées par des zones commerciales et du pavillonnage, arasement des bocages, désertification et dégradation des centres-bourgs, réhabilitation sauvage de l’architecture vernaculaire traditionnelle… En dehors d’investisseurs chinois rachetant d’immenses terres à céréales, quels capitaux viennent aujourd’hui endiguer le déclin des territoires ruraux ? Or, sans même évoquer la menace culturelle majeure que représente cette dégradation, il semblerait que l’on ait peu pris conscience de l’énorme potentiel de développement économique que représentent via le tourisme, ces paysages et ceux qui les font vivre. Nous savons que les flux de touristes des classes moyennes émergentes d’Asie et bientôt d’Afrique sont exponentiels. Nos grands sites sont déjà saturés et quand bien même Unibail aura transformé l’île de la Cité en centre commercial et de loisirs, tout le monde ne pourra pas y rentrer. Il nous faudra trouver d’autres lieux. Les campagnes ont en France un atout majeur à jouer si elles ne s’autodétruisent pas avant. Les régions n’ont évidemment pas attendu pour développer leurs infrastructures touristiques, mais elles sont peu formées et outillées pour imaginer une politique cohérente et qualitative qui ne se limite pas au rond-point folklorique, au musée du camembert ou du sabot. Préserver sans muséifier, rendre attractif sans disneylandiser, le défi est majeur. Les architectes et paysagistes ont un rôle crucial à jouer.

Dossier : Tourisme en France, quelle stratégie pour la campagne ?

    • Réveiller les belles endormies » : Le potentiel des paysages fluviaux encore trop peu révélé aux habitants eux-mêmes ainsi qu’aux touristes alors que le succès de la Loire à Vélo (plus de 900 000 cyclistes par an, dont un tiers d’étrangers, avec des retombées économiques avoisinant les 30 millions d’euros annuels) a pourtant incité l’état à inscrire cyclotourisme et écotourisme au cœur de son plan Tourisme, avec pour idée d’accompagner le développement des sentiers et infrastructures légères le long des berges françaises. ce type de projets, à la fois « macro » par les territoires traversés et « micro » en ce qui concerne les programmes construits, ne peut voir le jour qu’à la condition de projets politiques forts, car l’enchâssement des échelles est trop souvent contrecarré par des gouvernances éclatées.
    • Tourisme en France : quelle stratégie pour la campagne ?
    • La France comme marque et comme expérience Le tourisme représente 10 % de l’économie globale et fait vivre des centaines de millions d’individus sur notre planète. La France maintient son rang de première destination mondiale, mais de justesse, car la concurrence devient de plus en plus rude. Même si, avec ses 82,6 millions de touristes internationaux par an, l’Hexagone compte déjà bien plus de visiteurs que de résidents, l’ambition du plan Tourisme du gouvernement est de porter ce nombre à 100 millions à l’horizon 2020 avec un autre objectif : prolonger la durée moyenne des séjours et favoriser leur répartition sur les territoires, et notamment dans les territoires ruraux.
    • (Ultra) labellisée : la multiplication des labels patrimoniaux Le cumul des plaques et des labels patrimoniaux à l’entrée de certains villages est en réalité devenu un vrai casse-tête : pour les élus et les habitants, pour les touristes qui n’y comprennent plus rien… et pour l’État qui cherche à simplifier le message de la marque France à l’international.
    • (Sur) interprétée ? L’essor des centres d’interprétation Depuis une quinzaine d’années, la construction des centres d’interprétation s’est multipliée en France, notamment dans les territoires ruraux. Importé d’Amérique du Nord – où il a été d’abord développé dans les parcs naturels –, ce programme relativement récent consiste à valoriser un territoire à partir de son histoire ou de son patrimoine au moyen d’une installation pédagogique et interactive. Quel est le rôle de l’architecture dans ces musées sans collection qui s’appuient sur l’émotion et l’expérience plutôt que sur l’explication pour construire leurs narrations ?
    • « La France manque de grands projets touristiques fédérateurs » Entretien avec Gilles Marty, un architecte qui a réorienté l’essentiel de l’activité de son agence autour des programmes et des problématiques touristiques, en France et à l’international.

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