Dossier La Santé aux soins de la Ville

L’hôpital malade de sa complexité – Réduction du nombre de lits, développement de “l’ambulatoire”, course aux innovations techniques, réduction des déficits, l’hôpital est en pleine révolution. Sa relation aux territoires est au cœur du débat. Un nouveau paradigme architectural générique est à l’œuvre, où la flexibilité est le maître mot. L’allongement de la durée de vie quant à lui, avec son cortège de maladies dégénératives, amène au développement de programmes pour l’hébergement de personnes âgées dépendantes. Autant de situations qui posent la question cruciale du financement des équipements dans notre système de santé.

De la nature sauvage au paysage thérapeutique – Si, au XVIIIe siècle, la notion de sublime a pu transformer notre lecture du paysage montagneux, souvent inquiétant, la dimension santé a envahi les territoires alpestres au XIXe. 1889, millésime de la tour Eiffel, est aussi l’année de l’ouverture du premier sanatorium en montagne, à Davos en Suisse. Une typologie architecturale qui inspirera à Thomas Mann son roman La Montagne magique. Héliotropisme et naturisme sont alors en vogue dans les Alpes germanophones, jusqu’aux rives des lacs italiens. Les Français ne seront pas en reste, avec les expérimentations du plateau d’Assy jusqu’au “solarium tournant” d’Aix-les-Bains.

Les sanatoriums 1930, une typologie à l’agonie – La maltraitance infligée au patrimoine du XXe siècle atteint son paroxysme avec les sanatoriums qui semblent concentrer toutes les difficultés : taille des constructions, disposition très spécialisée des espaces intérieurs, situation géographique le plus souvent excentrée, mémoire collective douloureuse. Ils constituent pourtant des icônes des progrès convergents de la médecine de masse et de l’architecture moderne et témoignent d’un moment de l’histoire d’un nombre considérable d’individus.

Des lieux sains pour un corps sain – La conception des lieux de vie a de multiples incidences sur la santé : infrastructures de transport, gestion de l’eau, traitement des déchets, matériaux et modes de construction, ensoleillement, protection contre le bruit et les ondes, mais aussi accès aux soins et aux services. Sans oublier une alimentation saine et une pratique sportive simple et régulière pour lutter notamment contre l’obésité. Comme le disait Charlotte Perriand : tout est lié.

La psychiatrie dans le laboratoire de l’architecture – Sortie du schéma pavillonnaire du XIXe siècle, l’architecture hospitalière a beaucoup expérimenté au xxe siècle. Dans l’équation budgétaire à résoudre aujourd’hui, la modernisation des équipements de santé amène à reformuler une pensée croisant la triple question technique, spatiale et sociale. Dans ce contexte, un soin particulier est à apporter à l’architecture au service de la psychiatrie, dont l’Oms a diagnostiqué qu’elle couvrait la moitié des pathologies les plus importantes de notre monde contemporain.

L’hôpital face à l’obsolescence – Abandon ou reconversion ? L’Hôtel-Dieu, Bichat et Beaujon sont trois sites emblématiques des mutations en cours dans le domaine hospitalier à l’échelle du Grand Paris. Autant d’enjeux urbains et patrimoniaux. Dans ce débat entre obsolescence et efficience, c’est toute la configuration des grands équipements de santé qui se dessine.

Le bâtiment commode, une déclinaison du “monospace” – S’affirmant par sa grande compacité, le bâtiment Gustave-Julliard, nouveau venu sur le site des Hôpitaux universitaires de Genève, n’impose pas pour autant un bloc massif en pleine ville. Supporté par un socle transparent, percé de loggias, l’équipement de 364 lits, fruit d’une collaboration franco-suisse, s’ouvre sur la ville et crée un espace public.

Maison et dépendance – La vieillesse ne saurait être une maladie, mais il faut l’accompagner. En Normandie, sur la petite commune d’Harcourt, une résidence EHPAD de 214 lits inscrit subtilement le mot “hospitalité” dans une architecture à structure bois pour mieux lutter contre la dépendance. Un projet à la fois unitaire et fragmenté, conçu par Brossy & associés. Une autre façon de voir ce qu’on appelait avant une “maison de retraite”, par une approche résolument humaniste.

Nourris au lait de l’expérimentation – Évidemment provocatrice, passablement suggestive, l’irruption d’une “crèche sauvage” biomorphique dans l’enceinte de l’École des beaux-arts après 1968 reflète bien, à sa petite échelle naïve, l’air du temps avide de prospective.

Expérimenter l’utopie in situ – Pluridisciplinarité, autonomie, ouverture au public… C’est sur ces trois grands principes fixés par la loi Faure de novembre 1968 que sera lancé le projet d’une université expérimentale pour 8000 étudiants, dans le sillage des événements de Mai 68. René Dottelonde et Jean Prouvé vont alors concrétiser cette vision avant gardiste sur le site de Bron-Parilly, dans la périphérie est de Lyon. Les premiers étudiants feront leur rentrée en 1971 à “Lyon 2”, la faculté des lettres et sciences humaines. Retour sur une expérience unique et des conditions de fabrication assez épiques. Toute une époque !